La santé n’est pas un luxe. Elle est un droit.
RUPTURE – La santé n’est pas un luxe, elle est un droit – Aboubacar Traoré

La santé ne doit jamais être un privilège réservé à ceux qui disposent des moyens financiers, des relations ou de la chance de vivre à proximité d’un établissement. Elle constitue un droit fondamental et l’une des expressions les plus concrètes de la dignité humaine.

Pourtant, en Guinée, l’accès aux soins demeure profondément inégal. Entre Conakry et les territoires ruraux, entre les familles disposant de ressources et celles qui vivent dans la précarité, les chances d’obtenir rapidement une consultation, un examen, un médicament ou une intervention peuvent être très différentes. Cette situation transforme la maladie en une épreuve médicale, sociale et financière.

« La santé n’est pas un luxe. Elle est un droit. »

Un droit qui doit devenir effectif

Affirmer que la santé est un droit ne suffit pas. Ce droit doit se traduire dans la vie quotidienne par des services disponibles, accessibles, acceptables et de qualité. Un centre de santé ne peut remplir sa mission que s’il dispose de professionnels formés, de médicaments essentiels, d’eau, d’électricité, d’équipements fonctionnels et d’une organisation capable d’assurer la continuité des soins.

L’effectivité du droit à la santé se mesure au moment où une mère cherche une prise en charge pour son enfant, où une femme enceinte a besoin d’une intervention urgente ou lorsqu’une personne atteinte d’une maladie chronique doit poursuivre son traitement. Si la réponse dépend du hasard, des relations ou de la capacité à payer immédiatement, le droit reste théorique.

Les inégalités territoriales, première injustice sanitaire

L’endroit où l’on vit ne devrait jamais déterminer les chances de survie. Pourtant, les populations rurales doivent souvent parcourir de longues distances avant d’atteindre une structure, sans certitude d’y trouver le professionnel ou le traitement nécessaire. Les retards de consultation et de transfert aggravent les pathologies et augmentent le risque de complications pourtant évitables.

Réduire ces inégalités exige une planification territoriale précise. Il faut identifier les besoins de chaque zone, renforcer les soins de proximité, organiser des transports sanitaires fiables et développer des liens fonctionnels entre postes de santé, centres de santé, hôpitaux préfectoraux, régionaux et nationaux. La proximité ne signifie pas construire partout les mêmes structures, mais garantir partout une réponse adaptée et un parcours organisé.

Quand se soigner appauvrit les familles

Dans de nombreux foyers, la maladie impose des choix impossibles : payer une consultation ou nourrir la famille, acheter un traitement ou financer la scolarité des enfants, emprunter ou interrompre les soins. À la souffrance physique s’ajoutent alors l’angoisse financière, l’endettement et parfois la perte d’un revenu indispensable.

La protection financière doit donc occuper une place centrale dans toute réforme. Elle suppose de mieux organiser le financement solidaire, de sécuriser les mécanismes de gratuité, de lutter contre les paiements informels et d’avancer progressivement vers une couverture sanitaire réellement accessible. Aucun citoyen ne devrait basculer dans la pauvreté parce qu’il a eu besoin de soins.

La dignité ne se limite pas au traitement médical

Être soigné dignement, c’est être accueilli, informé, écouté et respecté. C’est comprendre ce qui est proposé, pouvoir poser des questions et ne pas être humilié en raison de sa pauvreté, de son origine, de sa langue ou de son niveau d’instruction. La qualité d’un système se juge autant dans la relation humaine que dans la technicité des actes.

Cette exigence concerne aussi les professionnels. Un soignant privé de matériel, soumis à des horaires intenables ou insuffisamment rémunéré ne peut durablement garantir la qualité attendue. La dignité du patient et celle du professionnel sont liées. Protéger l’une exige de protéger l’autre.

Réinvestir dans les soins essentiels

La refondation doit commencer par les priorités qui sauvent le plus de vies : la santé maternelle et infantile, la prévention, la vaccination, les urgences, la prise en charge des maladies infectieuses et chroniques, ainsi que l’accès aux médicaments essentiels. Ces politiques doivent être financées de manière stable et non dépendre uniquement de programmes temporaires.

Investir dans les soins primaires permet de prévenir les complications, de rapprocher les services des populations et de réduire la saturation des hôpitaux. Cette stratégie doit s’accompagner d’une meilleure coordination, d’une politique exigeante de qualité et d’une évaluation régulière des résultats obtenus.

Faire de la santé un choix national

Garantir le droit à la santé relève d’un choix politique et collectif. Cela suppose des budgets transparents, une utilisation rigoureuse des ressources, des recrutements fondés sur les compétences et des dirigeants capables de rendre compte. Les citoyens doivent être associés au suivi des politiques qui concernent leur santé.

La Guinée ne pourra construire un développement durable en laissant une partie de sa population seule face à la maladie. Sans santé, il n’y a ni réussite scolaire durable, ni productivité économique, ni cohésion sociale. Investir dans la santé ne constitue pas une dépense secondaire : c’est investir dans la stabilité et l’avenir du pays.

Faire de la santé un droit effectif pour chaque citoyen : telle est l’ambition portée par RUPTURE.

RUPTURE – Vers un système sanitaire guinéen juste, efficace, digne et inclusif, par Aboubacar Traoré, publié chez Hello Éditions.