Le pays ne se relèvera pas sans sa jeunesse

La jeunesse guinéenne ne doit pas être considérée uniquement comme l’avenir du pays. Elle constitue déjà une force du présent : lucide sur les difficultés, riche de compétences et déterminée à participer à la transformation de la société.
Elle étudie, travaille, entreprend, soigne, enseigne, innove et organise des solidarités. Elle accompagne ses proches confrontés à la maladie, finance parfois les soins de la famille et utilise les outils numériques pour mobiliser des soutiens. Malgré les obstacles, elle continue d’avancer. Cette énergie représente l’un des principaux leviers de refondation du système sanitaire.
« Le pays ne se relèvera pas sans sa jeunesse. »
Une génération qui comprend les failles du système
Les jeunes connaissent les difficultés du système de santé parce qu’ils les vivent directement. Ils voient leurs familles parcourir de longues distances pour consulter, constatent les ruptures de médicaments et mesurent le coût des soins. Les étudiants et jeunes professionnels observent aussi l’écart entre les connaissances acquises et les conditions concrètes d’exercice.
Cette expérience produit une forme de lucidité collective. La jeunesse ne se contente plus de décrire les problèmes : elle cherche à en comprendre les causes, compare les expériences et demande davantage de transparence, de compétence et de responsabilité. Elle refuse que le désordre et la médiocrité deviennent des réalités auxquelles il faudrait simplement s’habituer.
Former ne suffit pas : il faut offrir des perspectives
La Guinée dispose d’une jeunesse désireuse de se former dans les métiers médicaux, paramédicaux, techniques, administratifs et sociaux. Mais la formation ne peut produire pleinement ses effets si les jeunes diplômés ne trouvent ni emploi adapté, ni accompagnement, ni possibilité d’évolution professionnelle.
Il est indispensable d’améliorer l’adéquation entre les formations et les besoins sanitaires des territoires, de développer les stages encadrés, de soutenir la formation continue et d’organiser des recrutements transparents. La compétence doit devenir le premier critère d’accès aux responsabilités. Un pays qui forme sa jeunesse sans lui permettre d’agir affaiblit son propre avenir.
Faire confiance aux initiatives locales
Dans les quartiers, les universités, les associations et les villages, des jeunes développent déjà des initiatives de prévention, de sensibilisation, d’entraide et d’innovation numérique. Ces actions répondent souvent à des besoins immédiats et démontrent une réelle capacité d’organisation.
Les institutions doivent mieux identifier, accompagner et évaluer ces initiatives. Faire confiance ne signifie pas abandonner toute exigence. Cela signifie fournir un cadre, des moyens proportionnés, un soutien méthodologique et des possibilités de coopération avec les professionnels et les collectivités. Les solutions durables naissent souvent de la rencontre entre l’énergie citoyenne et la responsabilité publique.
Associer la jeunesse aux décisions
La participation ne doit pas être symbolique. Les jeunes doivent pouvoir prendre part aux espaces où sont définies les priorités sanitaires : consultations locales, conseils, associations d’usagers, programmes de prévention et évaluations des services. Leur regard permet d’identifier de nouveaux besoins et de concevoir des réponses mieux adaptées aux usages contemporains.
Cette participation doit inclure les jeunes femmes, les habitants des zones rurales, les personnes en situation de handicap, les étudiants, les jeunes sans emploi et les professionnels nouvellement diplômés. Une politique conçue uniquement avec les voix déjà les plus visibles reproduirait les exclusions qu’elle prétend combattre.
Mobiliser la diaspora sans remplacer les compétences locales
La diaspora guinéenne compte de nombreux professionnels de santé, chercheurs, cadres et entrepreneurs disposés à transmettre leurs compétences. Leur contribution peut prendre plusieurs formes : enseignement à distance, missions ciblées, mentorat, partenariats institutionnels, recherche ou investissement dans des projets structurants.
Cette mobilisation doit cependant s’inscrire dans une stratégie nationale et renforcer les équipes présentes sur le territoire. Il ne s’agit pas d’organiser des interventions ponctuelles sans continuité, mais de construire des coopérations durables, évaluées et fondées sur les besoins exprimés localement.
Faire du numérique un outil d’équité
La jeunesse peut jouer un rôle déterminant dans le développement d’outils numériques adaptés : information sanitaire accessible, télémédecine, suivi des patients, gestion des stocks, collecte de données et formation à distance. Mais l’innovation ne doit pas devenir un nouvel facteur d’exclusion.
Les solutions doivent fonctionner dans des contextes de connectivité limitée, être compréhensibles par les usagers et respecter la confidentialité des données. La technologie n’a de sens que si elle rapproche les soins, simplifie les parcours et améliore concrètement la qualité du service.
Transformer l’impatience en pouvoir d’agir
Le découragement est compréhensible lorsque les promesses se répètent sans produire les changements attendus. Pourtant, l’impatience de la jeunesse peut devenir une force constructive si elle trouve des espaces pour proposer, expérimenter et assumer des responsabilités.
Le pays ne se relèvera pas en demandant à ses jeunes d’attendre indéfiniment leur tour. Il se relèvera en leur donnant la possibilité de servir, d’innover et de participer dès aujourd’hui. Cette confiance doit s’accompagner d’exigence, d’éthique et du respect de l’intérêt général.
La véritable rupture ne se décrète pas uniquement par les textes. Elle se construit dans les consciences et par l’engagement d’une jeunesse à qui l’on donne les moyens d’agir.
RUPTURE – Vers un système sanitaire guinéen juste, efficace, digne et inclusif, par Aboubacar Traoré, publié chez Hello Éditions.

